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mardi 13 janvier 2026

L'écran

Où est-il, son sourire, discret et enchanteur,
Léger pli de ses lèvres qui s’ourlent en un aveu
Qu’on voit quand il retire cet air un peu sérieux
Et met mon cœur en fièvre, moi, lointain spectateur ?

Sur cette photo qui brille, ici, sur mon écran.

Où est caché son rire, ce son doux, étouffé,
Qu’il a tôt fait de taire, sans le laisser bondir,
Cachant dans leur tanière ces inflexions narquoises,
Amusées ou grivoises, en cet instant, parfait ?

Là encore, juste ici, sur l’appareil, vibrant.

Où trouverai-je sa voix, suave et caressante,
Entrecoupée de souffles quand ses paroles cascadent,
En emplissant le gouffre du silence, jaillissantes,
Ondulant contre moi, somptueuse embuscade ?

Voici qu’elle retentit, si mon doigt frôle, cliquant.

La passion, le désir, qui parfois rejaillissent
D’échanges enflammés, de phrases audacieuses,
Trahissent nos pensées, nos envies pernicieuses
Qui tout comme nous, transpirent, entre ces lignes lisses.

L’écran me les fournit, puis mes joues, rougissant.

Et à ce téléphone, vers lequel trop je lorgne,
Pleine d’un espoir absurde, de rêves illusoires,
Qui, tantôt mon bourreau, devient roi sans vergogne
Dès qu’il montre le signe d’un message de sa part,

J’ai envie de crier ma peine, mon désespoir.

Demander que résonne, en réponse à la mienne,
En direct, ce mur de voyelles et de consonnes,
Sa voix douce. Car au fond, je veux qu’il comprenne
Ma peine à rester digne, tandis que je frissonne.

Je le veux en entier, j’aimerais tant le voir.

Je le lis, je l’écoute, le regarde et l’admire,
Cet homme que, sans un doute, je voudrais tant chérir.
Mais mes mains restent vides, les messages me narguent,
Brillent sous mes yeux, perfides, et se tordent et se targuent

De n’être qu’un passage, distant et enjôleur,

D’être si familiers, coutumiers compagnons,
Des symboles par milliers, formant des allusions,
Des sons, des fragments que des yeux, je dévore,
Que moi, religieusement, je lis, j’écoute encore.

Pour une fille pas sage, quoi de mieux qu’un pécheur ?

Je veux pouvoir tenir ses doigts entre les miens,
Sentir naître un sourire, son bras qui me maintient,
Quand ses lèvres, un temps, contre ma tempe se posent,
Que les démons d’antan, finalement se reposent…

Comme j’aimerais mettre un point, à cet endroit précis.

Or, ma bouche reste close, je ne demanderai plus
Qu’il m’appelle, qu’il ose, ni qu’on s’écrive – ou pas.
Peut-être suis-je trop lâche, et vais-je tout gâcher,
Faute d’un peu de courage, de peur de le fâcher.

Alors je mords mon poing et les diables apprécient.

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